Que le Seigneur me pardonne d’avance, mais je confesse être un peu jalouse ; un peu, beaucoup, voire passionnément et disons même à la folie pour certains. Oui, je le suis plus que tout ! Jalouse de la proximité qui existe entre la grosse Helen et ma Bethany… Car c’est acté, Bethany est la femme de ma vie et ne doit être à personne d’autre qu’à moi. OK, ma jalousie est assez irrationnelle, puisque j’aurais plutôt dû me montrer jalouse de Rick qui, lui, avait cette chance de pouvoir dormir aux côtés de Bethany chaque soir que Dieu faisait. Néanmoins, ma jalousie était focalisée sur Helen, car elle avait le même âge que moi !
Encore aujourd’hui, je ne peux pas m’empêcher de ressentir comme un pincement au cœur, en zieutant du coin de l’œil Helen, ma camarade rondelette, avec ses bras et ses cuisses flasques, en train de tenir la chandelle à Bethany et Rick, lors du repas de midi. J’ignore comment diable fait Helen, mais elle réussit toujours à s’asseoir auprès de Bethany à l’heure du déjeuner. Cela lui semble si facile, et tout ceci a le don de m’agacer ! Helen passe beaucoup trop de temps à mon goût avec ma belle et Bethany, charmante comme elle est, prête attention à chaque mot qui sort de sa bouche. Ça me rend folle !
Cette « amie » en surpoids, si l’on peut vraiment appeler cela une amie après ce coup de couteau dans le dos, même si c’est inconscient, n’a de cesse de traîner sa graisse dans les parages de ma Bethany chérie. Oh, je sais bien que je ne devrais pas me montrer aussi mesquine en paroles envers elle, mais c’est la stricte vérité ! Et d’ailleurs, je ne devrais pas non plus en vouloir à Helen puisque, après tout, elle n’est absolument pas au courant que j’éprouve cet amour indescriptible pour Bethany Kimbles-Erickson. Personne à God’s Promise ne le sait, et c’est très bien comme ça.
Toutefois, je commence sérieusement à me demander si Helen ne connaît pas mon secret depuis le début et si elle ne le fait pas exprès pour me mettre les nerfs en pelote ! Pourtant en très bons termes avec tout le monde ici, j’ai soudain cette odieuse idée de vouloir faire la misère à Helen. Ce n’est pas que je n’apprécie pas Helen en soi, mais voir avec quelle facilité elle réussit à se lancer plus souvent que moi me rend envieuse. Maintenant, à mes yeux, Helen n’est plus qu’une fille rondelette qui s’accroche à Bethany de manière possessive, comme une moule à son rocher.
De fait, j’ai beau me forcer à revenir à la garniture qui est dans mon assiette, mon regard, à la fois aveuglément amoureux pour Bethany et plein de rage pour Helen, ne fait que dériver vers elles deux et je ne peux que les observer de loin, comme une paria regardant avec envie une soirée privée à laquelle je ne suis pas invitée.
Ma poitrine me fait atrocement souffrir et je ressens comme une étrange sensation de brûlure partout dans l’abdomen, tandis que je regarde Helen discuter avec Bethany. Ça ne m’était jamais arrivé auparavant de ressentir autant de jalousie pour quelqu’un. Mal à l’aise face à la résurgence de mon penchant lesbien, j’en viens subitement à me rendre compte d’une chose : Obsédée par Bethany, j’en ai carrément oublié Coley Taylor. C’est bien la première fois que mon esprit « oublie » les souvenirs de cette fille que j’ai éperdument aimée, fut un temps.
Au final, je réalise que je n’ai plus aucun sentiment amoureux pour Coley, et que mes seules pensées de ce genre sont pour les yeux bleu outremer de Kimbles-Erickson, pour son éclatant sourire, pour le blond paille de sa longue chevelure et pour sa peau blanche. Osant donc enfin dire adieu à Coley, je peux au moins remercier Helen Showalter de m’avoir ouvert les yeux et de me l’être avoué à moi-même.

