[ Fanfic-OneShot ] BREAKING BAD : Super-Heisenberg


Les discussions à voix basse entre les élèves, le tic-tac régulier de l’horloge accrochée au mur, le souffle du vent dehors et, au-dessus de toute cette symphonie, les paroles hésitantes du cours dispensé par le professeur… Tous ces bruits qui parvenaient à ses oreilles étaient comme une douce mélodie, semblable aux comptines que sa tante lui chantait lorsqu’elle le bordait, quand il était petit enfant. Chacun de ces sons pouvaient le faire facilement plonger dans le plus profond des sommeils.

Ses yeux étaient anormalement rouges. D’une rougeur irritée, comme s’il avait pleuré une nuit complète, ou comme s’il n’avait pas dormi du tout. Ou peut-être même les deux… Jesse avait en effet pleuré toute la nuit en pensant à sa tante, gravement malade. En pleurant et en fumant de l’herbe.

Ainsi, tout son corps, déjà maigre, transpirait la fatigue. Sa tête était sur le point de tomber sur la table. Ses yeux pouvaient à peine supporter les lettres imprimées sur sa copie. La lumière des néons de la pièce lui donnait envie de vomir. Cela lui faisait tourner la tête.

D’ailleurs, cela ne manqua pas d’interpeller monsieur White, qui remarqua que le jeune lycéen était habillé comme la veille. Jesse n’était encore qu’un enfant et, bien que son corps ressemblât à celui d’un jeune homme, il était encore très loin de l’être réellement. Sa carrure maigrichonne nageait à l’intérieur d’une large veste jaune citron et il en aurait fallu trois comme lui pour remplir cette veste convenablement.

C’était sa dernière année d’étude dans ce bahut et, du coup, l’esprit de l’adolescent s’était évadé, peu enclin à prêter une oreille attentive au cours de chimie qui se déroulait. Toutes ses pensées étaient en effet tournées vers sa tante, atteinte d’un cancer. Il avait appris la nouvelle hier au soir, très tard, et il ignorait encore comment réagir face à cette maladie qui la rongeait de l’intérieur à petit feu. Il aurait bien voulu ne pas aller en cours aujourd’hui et sécher toute la journée pour aller la voir. Mais il n’avait pas osé. Elle n’aurait sans doute pas apprécié qu’il manque une journée au lycée. Sauf que… À quoi bon connaître le tableau périodique des éléments par cœur ? Est-ce que cela allait sauver sa tante de la mort ?

Ses yeux bleus se noyèrent à nouveau de larmes, qui obscurcirent sa vision. Il était urgent et vital de penser à autre chose, n’importe quoi, afin d’éviter de gémir comme un bébé. Il prit son stylo, qu’il fit tournoyer entre ses fins doigts osseux sur sa table, et la mine pointa droit en direction du tableau. Quasiment au même instant, retentit alors le bruit aigu de la craie qui frotte sur la surface de l’ardoise et Jesse prêta enfin une oreille à ce que racontait monsieur White.

Le professeur tenait entre ses doigts parcheminés une craie blanche, qu’il écrasa contre le tableau accroché au mur.

– Heisenberg. Notez bien son nom. Werner Karl Heisenberg. C’était un physicien d’origine allemande durant la Seconde Guerre mondiale.

Heisenberg… Ce nom avait quelque chose d’hypnotique, qui éveilla en Jesse une certaine curiosité. Alors, il écouta l’histoire de ce monsieur, d’abord peu intéressé, mais il devait penser à autre chose qu’à sa tante. Il s’empara ensuite de son stylo à encre, arracha une feuille quadrillée de son cahier de cours, puis se mit à dessiner.

Jesse avait toujours aimé dessiner des super-héros, alors il en imagina un, entouré de cristaux bleutés. À l’instar de Superman, Heisenberg était son surnom de justicier. Professeur de chimie dans un lycée le jour, la nuit, il devenait Heisenberg, usant de ses talents en chimie pour combattre le crime. Sur le torse de son héros, Jesse crayonna un H stylisé, devant rappeler le S de Superman. Les traits de son personnage fictif prenaient doucement forme, d’abord dans sa tête, puis ensuite sur le papier et, au fur et à mesure des paroles prononcées par monsieur White, Jesse accola le faciès de son professeur à son dessin. Trait après trait, Heisenberg se mit à ressembler à monsieur White.

Son unique passion avait toujours été le dessin. Petit déjà, il avait envisagé de devenir dessinateur et il se souvenait encore fort bien de ses tout premiers pas dans cet art. Mais ses parents ne voyaient pas particulièrement d’un très bon œil que leur fils devienne un dessinateur. La vie étant ce qu’elle est, ils dédaignaient ce métier artistique. C’est ainsi que, lorsque Jesse disait qu’il voulait devenir un artiste dessinateur, ses parents lui rétorquaient de mieux réfléchir à son avenir. Pourtant, c’est ce qu’il aimait plus que tout au monde. Il appréciait tout particulièrement l’art de la bande dessinée, car avec elle, il pouvait créer un univers entier à partir de rien, rien qu’à partir d’une feuille vierge et d’un crayon. C’était ce qui pouvait le garder éveillé pendant des heures entières, et c’était aussi le seul moyen qu’il avait trouvé, en cet instant, pour s’évader et éviter de repenser au sort de sa tante.

– Pinkman !?

– Hein… euh… quoi ? dit Jesse, qui revint à lui.

– Pouvez-vous répéter ce que je viens de dire ? demanda monsieur White.

– Non, répondit Jesse sèchement.

– Non ? Simplement non ?

– C’est ça ! Jesse haussa légèrement le ton de sa voix.

Jesse tenta vainement de cacher sa feuille, mais ce faisant, monsieur White comprit sa manœuvre.

– Donnez-moi votre feuille !

– Quelle feuille ?

– Celle que vous essayez de dissimuler.

– OK, et Jesse poussa sa feuille, qui tomba lentement au sol. Sous quelques ricanements de ses étudiants, Walter se pencha pour la ramasser , ses sourcils faussement froncés, qui lui donnait un air de mi-sévérité, mais qui, en fait, n’effrayait plus personne depuis longtemps. Il s’empara de la feuille, mais resta planté sur place cinq petites secondes, avant de retourner sans un mot vers son bureau et de reprendre son cours comme si de rien n’était.

Sauf que la sonnerie retentit et que tous les étudiants rangèrent rapidement leurs affaires, avant de quitter la salle de classe, tout aussi rapidement. Une idée saugrenue traversa alors l’esprit perdu de Jesse : et pourquoi pas devenir lui-même un super-héros pour sauver la vie de sa tante ? Tout ce qu’il avait à faire, c’était de mettre un pied dans l’illégalité, notamment en reprenant contact avec Emilio, qui entre-temps, était devenu dealer de méthamphétamine. Jesse savait tout le blé qu’on pouvait se faire avec ce business et, grâce au pactole qu’il pourrait récupérer, il parviendrait sans mal à payer les soins d’hôpitaux pour sa tante.

– Jesse, s’il te plaît, dit monsieur White en lui faisant signe d’approcher. Monsieur White attendit patiemment que tous ses étudiants soient sortis pour parler seul à seul avec Jesse.

– Tu m’as habitué à des caricatures moins élogieuses, Jesse. Moi en super-héros… c’est… surprenant ! Surtout venant de ta part.

Que monsieur White essayait-il de faire avec lui ? Se préoccupait-il réellement de son dessin ou bien cherchait-il tout bonnement à jouer avec lui en faisant attendre son verdict ? Jesse renifla, puis enfouit ses mains dans les poches de sa grande veste.

– Ouais… Peut-être… Vous me donnez mon heure de colle ?

– Super-Heisenberg le chimiste… Pardon, tu disais ? Une retenue ? Non ! Au moins, tu as appris une chose dans un de mes cours. Ça ira, Jesse, mais tâche d’être plus attentif la prochaine fois.

No problemo m’sieur White.

Puis le professeur White regarda sortir Jesse Pinkman de la salle de classe, avant de dire :

– Jesse attends ! Tu as oublié…

Mais Pinkman avait déjà bifurqué dans le couloir bondé. Walter se retrouva ainsi tout seul, avec le dessin de son élève entre ses mains.

– Heisenberg… murmura Walter d’une façon un peu rêveuse avant de toussoter, ce qui le détourna de sa contemplation du dessin de son élève.


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