[ Fanfic-OneShot ] MALÈNA : Ecce Inferno


Ridiculisé devant la ville entière de Castelcutò, et ce, pour avoir faussement prétendu être le fiancé de la célèbre Malèna, le vieux Cusimano était aujourd’hui le plus dévasté des hommes. Soumis à la pire dépression qui soit, sa énième gorgée de son verre de vin lui fit immédiatement l’effet d’un coup de fouet : aussitôt, il pensa à aller s’engager dans les forces fascistes en Afrique, afin de pouvoir rentrer en Italie, couvert de gloire comme un soldat victorieux, pour obtenir à nouveau le respect de ses compatriotes siciliens.

Armé d’un stylo plume, sa feuille blanche semblait le dévisager sur son bureau de travail. La pointe de son arme était prête à piquer une tête dans le but d’écrire à l’armée pour rejoindre le front. Il était décidé, car il savait qu’il venait de perdre à tout jamais la femme de ses rêves et il n’osait plus regarder l’avenir en face. Il se mit à repenser au passé, et surtout à ce jour fatidique qui l’avait conduit jusqu’ici, à vouloir abandonner son métier de dentiste communal pour devenir de la chair à canon sur un lointain champ de bataille.

Au départ de toute cette affaire, il y avait eu cette journée où il avait envoyé une lettre à son ami de très longue date, l’instituteur Bonsignore, pour calomnier sa fille unique. Cusimano se rappelait encore très clairement la teneur de la missive qu’il lui avait adressée, en urgence et de manière anonyme. Un matin, il s’était assis à son bureau, il avait pris encre et plume, puis il avait rédigé cette lettre assassine, qui allait façonner son destin. Elle disait : « L’onore vostro è perduto. Vostra figlia Malèna fa la buttana con cani e porci. »

C’est en écrivant ce mensonge inventé de toutes pièces que Cusimano avait d’abord pensé, de manière un peu stupide, maintenant, il devait bien l’admettre, que Bonsignore allait héberger sa fille chez lui dans le but de la protéger et de la mettre à l’écart de la gent masculine de Castelcutò. Et surtout à l’abri du séducteur lieutenant Cadei. Grâce à sa lettre, dans l’esprit tordu du praticien, il aurait dû avoir le temps nécessaire pour faire établir les papiers de son divorce, afin de se présenter devant Bonsignore et lui demander la main de sa fille en toute quiétude, pour la sauver du déshonneur.

Mais comme chacun le sait, et Cusimano le premier, ce courrier entraîna, non seulement la disgrâce dans laquelle il se trouvait aujourd’hui, mais aussi son renvoi devant les tribunaux pour y perdre ce qui lui restait de sa famille et de sa fortune. Il en était ressorti ruiné et ne voulait plus que mourir pour expier sa faute. Le plus pénible dans cette histoire fut que Malèna ne lui adressait plus la parole et ça, Cusimano n’arriverait sans doute jamais à le surmonter… Pour le docteur, l’enfer existait donc bel et bien. Qu’importe les regards moqueurs des autres envers lui après tout, puisqu’à ses yeux, il n’y avait rien de pire que de ne plus voir Malèna lui accorder un regard. Qu’il aille combattre en Afrique ou non, ce cauchemar de ne plus être l’ami de la veuve Scordia continuerait à le pourchasser tant qu’il serait en vie.


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