Mes rêves érotiques avec Bethany Kimbles-Erickson ne cessaient de troubler mon esprit, telle une myriade de démons en marche qui voulait à tout prix corrompre ma pauvre âme en détresse ; s’introduisant presque chaque nuit dans ma tête, et de manière si récurrente, que je ne pensais ensuite qu’à ça toute la journée suivante. Cela avait germé comme des pousses magiques, depuis le tout premier jour où j’étais arrivée, en tant que nouvelle étudiante de cet établissement religieux.
Elle était devenue le centre de mon intérêt amoureux. Personne d’autre ne faisait naître les papillons d’excitation dans mon ventre aussi naturellement que cette Bethany, et mon cœur palpitait dangereusement dans ma poitrine rien qu’en la voyant. Bien qu’elle soit continuellement vêtue de robes longues, comme celles d’une vieille fille qui voulait cacher pudiquement son corps, Bethany restait à mes yeux diablement sexy. Sans doute aussi que ces robes étaient pour beaucoup dans mon désir pour elle, puisque je n’arrêtais pas d’imaginer ce qui se cachait en dessous. Et puis, il y avait également son odeur corporelle, reconnaissable entre mille. Le doux parfum floral qu’elle portait ne m’aidait pas non plus à réprimer mes pulsions lesbiennes. D’ailleurs, quand elle passait juste à côté de moi, lorsqu’elle faisait sa ronde dans la salle de classe, je humais avec extase l’arôme de sa peau blanche, tout en jetant de discrets coups d’œil furtif à son postérieur, en imaginant des tas de péchés malsains. Mais cette attirance amoureuse que je ressentais envers la belle blonde était sans doute amplifié par le fait que je me trouvais au sein d’un environnement saint, qui prohibait ce genre de pensées pécheresses. Je me posais encore sincèrement la question.
Quoi qu’il en soit, j’ai vite trouvé un exutoire pour me sentir plus légère face à tous ces fantasmes que je ressentais envers elle. Et cette chose qui me soulageait un tant soit peu était un chêne. Enfin, pour dire toute la vérité, il s’agissait en fait d’un arbre assez simpliste que j’avais dessiné sur une grande feuille vierge. M’inspirant du concept d’iceberg à God’s Promise, toutes les racines qui nourrissaient mon chêne étaient donc ces rêves érotiques que je faisais presque chaque soir envers ma professeure. Dès que je rêvais de Bethany d’une façon un peu trop sensuelle, je le notais immédiatement au réveil sous la ligne horizontale dessinée au stylo et qui séparait le tronc d’avec le monde des vers de terre. Et grâce à ça, j’évacuais un peu plus chaque jour cet amour impossible, mais surtout interdit, que je tentais de refouler quasiment chaque nuit.
Au beau milieu du tronc de ce chêne, j’avais même rajouté un cœur au stylo à bille et, à l’intérieur, j’y avais écrit CP + BKE, comme pour signifier que c’était notre arbre à toutes les deux. L’association des initiales de Bethany était par ailleurs si rare que le doute ne pouvait pas être permis quant à la personne qui se cachait derrière ces trois lettres. En train de rêvasser en plein cours, alors que nous devions tous travailler sur notre propre iceberg, j’avais pour ma part sorti mon chêne. Je m’amusais à repasser sur ces lettres tellement de fois que la feuille allait bientôt se percer si je n’avais pas été interrompue soudainement par ladite professeure.
– Alors, ton iceberg avance bien ? me demanda-t-elle en arrivant comme ça, sans prévenir, dans mon dos, tout en se penchant par-dessus mon épaule.
Je me retournai rapidement pour pouvoir lui dire que oui, même si c’était faux, sauf qu’à ce moment-là, je restai muette en remarquant que Bethany fixait de ses yeux magnifiques mon dessin de chêne. Venait-elle de lire la description de mes rêves érotiques la concernant ? À cet instant, je craignais le pire, surtout que, sans daigner me dire un seul mot réconfortant pour tenter de me détendre, Bethany regagna son bureau d’un pas vraiment très suspect, avant de s’emparer de son crayon rouge correcteur et de revenir tout de suite se poster vers moi.
Quand elle fut de retour, j’étais paralysée à la fois par la peur et par la honte, à côté d’une Bethany toujours silencieuse. Armée de son crayon rouge, craint par tous les élèves, Bethany se pencha de nouveau sur ma table, mais avec surprise, sans trop savoir pourquoi, je vis qu’elle améliora mon dessin en y ajoutant une flèche transperçant le cœur, au centre du tronc d’arbre, comme si elle était Cupidon en personne. Puis, elle me sourit et continua son tour dans la salle de classe.
Je ne sais pas si elle avait fait attention à toutes les phrases érotiques que j’avais écrites sur elle, et j’ignore pourquoi elle s’est sentie obligée d’apporter une touche personnelle à mon dessin. C’était déjà assez difficile pour moi de me défaire de mes pulsions, surtout avec une professeure qui représentait le summum de la beauté. Avec cet ajout, Bethany me donnait envie de l’aimer encore plus. Alors, dans le coin droit, tout en bas de ma feuille, je signai Cameron Kimbles-Erickson et je me mis subitement à rêver sur ce nouveau nom, ainsi qu’à un jour – hypothétique – où nous irions toutes les deux pique-niquer sous un véritable chêne, que j’aurais moi-même immortalisé en gravant mon amour pour elle sur son écorce.