Regardant le revers de ma main droite avec de grands yeux fixes, mon cœur bat plus vite que jamais, comme s’il ne cherchait qu’à s’évader de ma poitrine. Et pour ceux qui me connaissent bien, ils savent que la seule et unique personne qui a le don de me mettre dans un tel état est la professeure Kimbles-Erickson, évidemment. Oui, je sais, peu importe à quel point j’essaie de chasser Bethany de mes pensées, elle semble toujours revenir dans ma tête, aussi rapidement qu’un cheval au galop.
Mais là, c’est complètement différent, car à cet instant, mon esprit bloquait sur elle à cause du moment intime que nous venions de partager, il y a de cela une minute ou deux. Pendant une seconde en effet, nous nous étions touché les doigts lorsqu’elle m’avait pris mon stylo bille des mains, afin de rectifier une faute sur mon devoir de mathématiques.
Je pouvais encore sentir sa peau douce contre la mienne, quand la sonnerie de la fin du cours retentit brusquement. Tout le monde se levait déjà pour aller se dégourdir les jambes durant un petit quart d’heure de pause amplement méritée, après une longue matinée à se casser le cerveau avec les maths. Pour ma part, totalement surprise par la sonnerie, j’ai vraiment du mal à bouger de ma place. Car tout ce que je veux en cet instant précis, c’est que les yeux de Bethany croisent les miens. Pourtant, avec une Bethany dos à la classe et en train d’essuyer le tableau, je dois bien me soumettre et, à contrecœur, suivre le troupeau qui se dirige à l’extérieur pour prendre l’air.
Tandis que je vois mes camarades de classe sortir un à un de la salle, laissant Bethany toute seule, je ne peux m’empêcher de ressentir un léger pincement au cœur de la laisser abandonnée de tous. À travers les couloirs bondés d’étudiants joyeux, moi je n’ai que cette pensée empathique pour ma professeure. Je ne pouvais donc plus le nier : quoi que je fasse, j’étais sous l’emprise de Bethany…
Ainsi, une fois dehors, au lieu de vadrouiller comme à mon habitude sur l’herbe verte du grand terrain de football, je choisis de bifurquer et de longer les murs pour trouver un endroit sûr où je pourrai voir Bethany à travers une fenêtre, afin de lui tenir compagnie en pensée, même si elle ne se rend compte de rien.
Il ne me faut d’ailleurs pas longtemps avant que je trouve ce poste de guet rêvé, où enfin, je peux l’observer en toute quiétude. Sa belle et longue chevelure blonde, soigneusement coiffée avec la raie au milieu, se balançait doucement dans son dos, tandis qu’elle frottait encore avec une éponge les équations à la craie blanche sur le tableau noir. Elle portait toujours de longues robes fleuries qui épousaient à merveille son corps de femme, et cela ne manquait jamais de me faire rougir à chaque fois.
Un petit sourire apparut sur mon visage alors que j’envisageais – de façon utopique – l’idée d’être un jour dans ses bras quand soudain, le révérend Rick fit irruption dans la salle en ouvrant la porte. J’eus un léger soubresaut, de peur que celui-ci ne me repère, mais son attention semblait être focalisée sur Bethany, tout comme moi. J’essayais de rester à couvert, juste au cas où. Du côté de ma professeure, elle s’arrêta net afin de faire face à son collègue et les deux semblèrent s’engager dans une discussion, mais avec l’épaisseur du vitrage, je n’entendais rien.
Puis, Rick s’avança vers elle avec confiance et là, mon cœur se brisa. Je me tenais immobile devant la fenêtre qui donnait sur la classe, mon âme bouillonnant de jalousie, regardant Rick et Bethany échanger un rapide baiser sur la bouche. La simple vue de ce contact m’électrifia le corps, et je restais plantée là, sans trop savoir comment réagir autrement. C’était la première fois que je voyais la bouche de Bethany se former en cul de poule pour recevoir un baiser, et je dois dire que, même si c’était terriblement beau à regarder, je ne voulais que casser la vitre pour revendiquer Bethany comme étant ma propriété. Ce n’avait pourtant été qu’un baiser très rapide et qui n’avait duré que le temps de le dire, mais c’était assez pour me faire mal au cœur.
Vraiment, que tout ceci était injuste… Je pensais que Bethany méritait mieux dans la vie que d’être en couple avec cet homosexuel refoulé qu’était Rick. Ce dernier n’était tout simplement pas assez bien pour quelqu’un comme elle et personne d’autre ne méritait plus son amour que moi ! Pour conserver ce rêve, j’abandonne donc sur-le-champ mon poste de guet.